Pré-requis : Si vous ne savez pas ce qu’est le Black Love, lisez l’article de Nothing but the Wax. Au fait, c’est quoi le Black Love ?

 


Quel meilleur moment que la saison des “unpopular opinion” pour aborder les sujets qui fâchent ? Depuis un peu plus d’un an, la communauté Afro (notamment en ligne) promeut le Black Love à travers des podcasts, la visibilité de couples, des projets visuels ou encore des récits. Au milieu de cet océan d’amour, ce qu’on ne dit pas c’est que, vous, oui vous les promoteur.e.s du Black Love vous saoulez tout le monde.

 

Vous saoulez les personnes blanches et racisées avec vos histoires de célébration de l’amour entre noir.e.s. Les communautés non noires regorgent de personnes persuadées que l’objectif premier de toute personne noire est de finir en couple avec une personne blanche ou racisée non noire, afin de peupler la terre de bébé métisses (si possible ambigus racialement). Le couple mixte offre aux femmes noires hétérosexuelles la promesse d’un saut qualitatif dans nos existences : on peut toutes trouver notre Prince Harry.

Certaines catégories de femmes blanches semblent particulièrement agacées lorsque ce sont des hommes noirs qui promeuvent le Black Love. Mais cet agacement n’est que temporaire, car elles savent bien qu’à la fin de journée elles pourront se réconforter sur le compte twitter de @NoirSombre1m87 et ses tweets sur les “noirtes”.

 

Vous saoulez les personnes noires en couple avec des personnes non noires (et particulièrement avec des blanc.he.s). D’après le récit national : les médias, la publicité, l’équipe de France de Football, Châtelet-les-Halles… Le couple Kim et Kanye, le mariage de Samira Wiley, etc. représentent ce qu’une personne noire peut espérer de mieux niveau vie privé. D’ailleurs, ces personnes vont jusqu’à faire des routines matinales spécial couples mixtes ; preuve qu’ils sont au-dessus. Et la victoire finale est proche, en atteste Princess.. Duchesse Meghan.

 

Vous ne pouvez pas venir ébranler cette certitude forgée depuis l’enfance, parfois dans nos propres familles. En plus, leurs partenaires n’y sont pour rien pour ce qui est du racisme, au contraire : leur couple participe à l’enrayer (le bilan reste mitigé mais prometteur). Même parmi celles et ceux qui ne voient pas dans leur couple mixte un accomplissement, toutes vos célébrations gênent. Et puis… Pourquoi mettre la race dans tout ? Surtout dans les cas de couples mixtes formés d’une personne noire avec une personne racisée ?

Peu importe que dans toutes les communautés le mariage au sein de cette dernière est valorisé et respecté et que pour leur famille il vaut mieux être avec un.e Blanc.he.s qu’avec un.e Noir.e.

 

Vous saoulez les hoteps. Vous aussi avec vos affaires de Black Love souvent mêlées avec des discussions sur les masculinités noires, de Black love pas que pour les cis-hétéro, de Black Love pour des relations épanouissantes émotionnellement et sexuellement !

It”s too much!

Le monopole que ces derniers avaient sur le concept de famille noire, de couple noir, de la FÂME noire (il n’ y en a qu’une seule) est maintenant ébranlé avec vos demandes fantasques ! Quant à vous, les afroféministes, après avoir conduit le complot pour émasculer l’Homme Noir (disponible en un seul modèle également), vous voulez maintenant le marier dans un couple qui ne soit pas basé sur votre capacité à tout endurer ?! Mais quelle AUDACE !

 

Vous saoulez les personnes noires militantes radicales en couple avec des personnes non noires (et particulièrement avec des blanc.he.s). (full disclosure : I was there)

“Tout est politique”, une phrase qu’adorent les militant.e.s. Mais lorsque ces dernier.e.s sont en couple avec une personne non noire, il semblerait que questionner leur choix matrimonial ne rentre pas dans ce fameux “privé est politique”.

C’est l’amour ! Peu importe que l’amour soit un des produits de notre environnement (raciste, hétéro-patriarcal et classiste) et que des personnes soient marginalisées, exclues de ce merveilleux marché de l’amour romantique.

 

Surtout que ces militant.e.s sont avec des personnes non noires “safe”, “woke” (le profil type est un.e militant.e.s noir.e avec une personne non noire – souvent blanche – chercheur.e, doctorant.e. Artiste, etc.). Et il faut l’avouer : leurs partenaires blanc.he.s ne font pas de vague et restent à leur place. On parle ici de personnes militantes, qui mettent énormément d’énergie dans la lutte pour l’émancipation des personnes noires, qui ne font pas la promotion de leur couple mixte (surtout lorsque la femme est noire) ou du métissage, etc.

 

L’argument le plus entendu (du côté des femmes hétérosexuelles), c’est que les hommes noirs en France sont portés vers les femmes non noires et même qu’ils sont dans le dénigrement public des femmes noires, surtout celles qui sont militantes. Ce qui est un fait. Mais cela n’explique pas tout, car il y a la même tendance chez les personnes noires queer militantes avec le même schéma de couple (un.e militant.e noir.e avec une personne non noire – souvent blanche – chercheure, doctorante. artiste, etc..).  

 

Les militant.e.s sont un groupe démographique qui fait souvent des choix contraignants dans son mode de vie : régime alimentaire, boycott de certains produits/ lieux, support des entreprises Afro, cercle d’ami.e.s militant.e.s, etc.

Pourquoi alors lorsqu’il s’agit de choix amoureux, il n’en est pas de même ? Parce qu’on a tou.te.s besoin d’amour, et que ne pas politiser la question raciale dans le choix du/de la partenaire permet d’en trouver un.e plus facilement car un “marché” existe pour cela.

 

En effet, les militant.e.s politisent le choix de leur partenaires, sur beaucoups d’autres aspects. La réalité est qu’il y a un “marché” dans les pays du Nord, composé de personnes non noires – en majorité blanches – qui sont par leur parcours militant et/ou d’études, compatibles avec les personnes noires militantes (radicales sur la question noire) et qui cherchent justement à être en couple avec les personnes noires militantes. Il faut être très lucide sur le fait que dans le couple, c’est la personne non noire qui tire le plus de bénéfices symboliques (que cette personne le veuille ou non) de cette relation, surtout si cette personne est dans un milieu militant, où son couple va pouvoir de manière implicite lui apporter de la crédibilité ; c’est le jackpot pour les personnes non noires qui travaillent sur les questions noires : crédibilité et validation.

 

Cela ne fait pas de ces personnes des mauvais.e.s militant.e.s ou des mauvais.e.s noir.e.s. Seulement des personnes qui font un choix, là où pour d’autres, être avec un.e partenaire de la même communauté qui partage les mêmes convictions est un point important (et cela, sans passer leur temps à dénigrer les personnes des autres communautés *suivez mon regard*). Ce sont des personnes noires pour qui partager la même expérience raciale ou construire une famille noire ne sont pas des critères de choix principaux pour un.e partenaire.

 

Cela demande de faire un exercice de pensée contre soi-même pour comprendre comment on peut être militant.e sur les questions noires avec des positions radicales, et avoir majoritairement dans son histoire des relations amoureuses avec des personnes non noires. Il faut faire cette démarche réflexive sur l’environnement où l’on a évolué, qui a façonné nos goûts, nos attirances et reconnaître que dans un monde qui n’apporte aucune valeur aux vies Noires (aussi bien les personnes, que les communautés et les familles) nos choix matrimoniaux s’inscrivent dans cette continuité. Il faut admettre que nous ne sommes pas des concepts, ni des idéaux-types ; nous sommes traversé.e.s par des contradictions complexes, il faut les admettre et pouvoir vivre avec en étant honnête avec soi-même. On rappelle que personne ne doit de justification sur sa vie privée à autrui.

 

Il ne sert à rien de tourner le problème dans 56 sens. Oui, être en couple avec une personne non noire quand on est militant.e.s sur les questions noires, c’est une contradiction. Contradiction ne veut pas dire hypocrisie, traîtrise ou invalidation ; cela signifie simplement que l’on est un être humain.

 

Et être dans cette situation ne devrait pas empêcher de voir que le Black Love est politique et qu’il porte un projet politique subversif, qui n’est pas un projet totalitaire qui s’applique à tout le monde, ni qui invalide les autres couples.

 

Vous saoulez toutes les personnes qui ont ressenti une petite joie en voyant le titre de ce billet et plus encore en voyant que j’en suis l’auteur.e et qui ont eu la joie de pouvoir trouver des arguments à moindre coût, la perspective merveilleuse de pouvoir l’utiliser en citation lors d’un débat sur Facebook, ou encore mieux, pour envoyer l’article à une personne noire qui défend le black love (stratégie type : “C’est même pas moi qui le dis, c’est une nwar, en plus afroféministe”).

Vous saoulez tout le monde, mais c’est ça qu’on aime.

Black Love vie.

Fania N.

Avant-propos : Comme toute oeuvre de fiction, ce qui est produit dans Black Panther est du super materiel pour discuter des points politiques, critiquer les messages etc.. même si les oeuvres cinématographiques n’ont pas pour vocation de faire la révolution(donc épargnez-moi les ” ouiin produit par des blancs ouinn ouinn” personne vient vous faire chier devant la LDC, GoT ou vos podcasts de France culture sur des oeuvres obscures. )

***Spoilers ****

Killmonger est le produit des névroses occidentales, la conséquence du fait de vivre en situation de minorité et d’altérité sous la violence constante du racisme. Être dans un pays, être du pays mais s’y voir réfuser le droit d’en faire partie dans le respect de sa personne. Ne pas avoir d’espace pour déployer toute la complexité de son être, être toujours trop, toujours EN trop, tout en étant jamais assez couleur locale.

Nous vivons dans une relation d’intimité continue et constante avec ceux qui font de nous “les autres”, dans une guerre constante pour la légitimité de notre place.

Dans le contexte de Killmonger, contexte où “Tous les noirs sont des hommes, et toutes les femmes sont blanches” d’où le contraste avec Wakanda.

La façon dont Killmonger traite les femmes noires donne un tres bon aperçu de sa politique, quoi que dise son discours prétendument radical.

” je ne peux pas croire ce que vous dites, quand je vois ce que vous faites”. Baldwin

Killmonger est le seul homme noir du film à assasiner et violenter des femmes noires. Aucun wakandais homme n’a ce genre de rapport avec les femmes noires, bien au contraire (scene Okoye et W’Kabi). Cet homme qui se dit défenseur de la cause Noire met une balle dans la tête de sa partenaire sans sourciller, tranche la gorge d’une combattante avec un plaisir certain, aurait tué sa cousine et étrangle une ainée responsable d’une partie sacrée du pays dont il est censé être le souverain.

La facilité avec laquelle on peut fermer les yeux sur des comportements aussi violents du moment qu’il a brodé trois trucs “radicalitay”, doit poser la question sur notre bienveillance vis-à-vis de la violence quand il s’agit de certaines populations ( femmes noires) vues comme figures sacrificielles.

T’Challa a tort sur beaucoup de points ( comme son pere) mais au moins il traite avec respect et dignité les personnes de son peuple. Il n’a pas de discours pour tous les Noir-e-s, mais les corps Noirs avec lesquels il interragit ne sont pas humiliés, n’ont pas vocation à être soumis. La façon dont il traite Killmonger lors de la scene finale est sûrement le plus bel acte de #BlackLove.

Killmonger n’hésite pas a reproduire les mêmes techniques que les occidentaux : la destruction de pans de la culture africaine pour asseoir son pouvoir. Tout un symbole qu’un homme noir ayant grandi aux Etats-Unis, ayant tué des centaines de personnes en Irak, en Afghanistan, en Afrique (il dit lui même ses propres frères et soeurs) ait pour premier acte en tant que roi la destruction de ce qui permet de garder le lien avec les ancêtres.

“Les outils du maitre, ne détruiront pas la maison du maitre”. L’importation de la terreur, du peu de respect pour la vie des siens, de la facilité à la guerre est une réplique du régime de la terreur instauré dans le monde par les occidentaux.

Killmonger vient en pur savior, alors qu’au sein même de Wakanda, par la voix de Nakia, les divergences politiques s’expriment sur le rôle de Wakanda dans le soutien aux autres peuples Noirs.

Il faut une intervention de l’OTAN à coup de bombes pour instaurer sa vision de la justice sociale.

Je pense que ce n’est pas étonnant que ce soient en majorité des personnes noires vivant dans des pays en majorité blanche qui sont #TeamKillmonger, alors que la plupart des personnes vivant dans des pays Noirs sont team T’Challa ou Nakia. Nous projetons l’antagonisme qui nous a été imposé en tant que minorité dans des espaces où les Noir- e-s sont la majorité, le point de référence, la norme. Il en découle qu’on voit T’Challa comme un laxiste naïf alors qu’en tant que roi d’un Etat où tout le monde est noir et où sûrement personne ne se pose de questions sur cela, les antagonismes se situent au niveau diplomatique de protection des intérêts de son État-Nation contre la prédation. Certains le font par les armes et le contrôle des corps, Wakanda a choisi de se cacher.

La question posée est celle de la solidarité et de la responsabilité dans le partage des ressources et du pouvoir.

Si la libération noire est indissociable de la libération des pays d’Afrique Noire et des Caraïbes, la libération des pays d’Afriques Noire dépasse largement la question noire.

La plupart des Noir-e-s vivant en Occident ne sacrifient quasi rien pour les pays Noirs

Les luttes sont tournées (et c’est légitime) vers l’amélioration de leur condition de vie dans les pays dans lesquels ils vivent, dont ils font partie. La plupart d’entre nous voulons des prêts immobiliers au même taux que les blancs, les mêmes études, le même emploi, le même salaire. On a le droit de réclamer l’égalité mais espérer que si des pays en majorité noire deviennent puissants, autonomes leur responsabilités seraient de mettre leur puissance à notre disposition pour qu’on obtienne réparation alors qu’on aurait majoritairement consenti à les laisser en ok.vu si on nous proposait en deal la fin du racisme… c’est un peu limite.

Il aurait été plus compréhensible de la part d’une personne venant d’un pays à majorité noire de faire cette demande.

Il y a des points évidents d’intérêts qui doivent être vus comme divergents, voire antagonistes entre les afro-descendantes/noir-e-s de la diapora et les noir-e-s vivant dans des pays en majorité noir-e-s. Nous (diaspora/afrodescendant-e-s) devons toujours garder en tête que même à la marge nous bénéficions de l’hégémonie occidentale.

(C’est l’enjeu du panafricanisme de comprendre notre destin commun mais différencié pour que nos intérêts communs soient une base pour le “Black Atlantic”)

La libération Noire est une proposition révolutionnaire de changement de système et de ce fait repenser le coût de la violence, le coût de la destruction des vies, des cultures et des liens entre Nous.

Conclusion : Nakia a raison

Protéger Wakanda et aider les siens

P.S: sur la phrase de fin sur le fait de mourir plutôt que la servitude. 1/Killmonger ne faisait pas face a la servitude, mais à la responsabilité de ses actes ( parmis lesquels : assassinat, complot, démarrer une guerre civile, projet de déclarer une guerre, destruction de lieux sacrés, intelligence avec l’ennemi, assassinat de son oncle.) Il serait bien de nuancer cette sur-heroïsation de personnes qui ont fait le choix de la mort plutôt que la servitude, en tant que descendante de personnes qui ont choisi de vivre, qui ont été dans la servitude mais dont la vie n’est pas moins une oeuvre de combat pour la race Noire. Car c’est en vie qu’ils ont mené des batailles ( parfois perdues) pour la liberté ou la mort – pour que nous nous relevions dans l’âme de ce qui fait le peuple Noir : survivre et vaincre. 🇭🇹

Se dire féministe en étant femme au foyer c’est contradictoire non? Pourquoi les afrofems parlent toujours des mecs noirs qui sont avec des blanches ? C’est chaud si j’appelle mes potes blanc-he-s negro/négresse/nigga ? etc…

Petit échantillon des questions que l’on me pose sur mon CuriousChat, comme nous arrivons à la fin 2017, je me suis dit que ce serait utile de centraliser certaines de mes réponses. J’en ai étayé certaines n’étant plus contrainte par le nombre de caractères.

1. My Nigga, my nigga, my nigga

Point lexique.  Je suis noir et j’ai tendance à appeler mes potes blanc.he.s “négro” ou “niggas” (négresse aussi mais très rarement, j’évite parce que je ne suis pas du tout à l’aise avec ce terme). Par contre je n’ai jamais appelé mes potes non-blanc.he.s de cette manière.  Tu penses que c’est problématique et que j’ai un probleme à régler avec moi-même ?

Je ne suis pas psy, mais si un jour tes potes prennent la confiance, commencent à lâcher des negro/nigga et se font casser les jambes, il faudra aller les récupérer au sol aussi.

(Je vais utiliser le “vous” général à partir de là, pour m’adresser aux autres qui sont dans ton cas)

En général, je laisse les gens gérer leurs relations avec leurs potes comme ils le veulent. Si ça ne vous gêne pas à titre personnel, soit; il faut juste bien préciser que cela ne s’applique qu’à vous, qu’ils n’aillent pas déranger autrui avec: “Mais mon pote noir il le dit tout le temps et il me laisse dire negro”.

Parce qu’il faut être conscients que dans cette configuration, c’est vous les fameux “ami.e.s noir.e.s” dont les racistes parlent. Vous prenez le risque d’être les même ami.e.s noir.e.s que ceux de Morano et de donner de la force à des personnes pas noires sur votre propre communauté.

Si vous êtes à l’aise avec ça, vous n’avez pas forcément de problème à régler avec vous même, juste admettre que vos délires/habitudes avec vos ami.e.s pas noir.es sont plus importants pour vous, que c’est plus important que de penser aux conséquences pour les autres Noir-e-s, au poids historique qui recouvre ces mots pour lesquels les vies des nôtres ont été piétinées.

A titre personnel: en tant que Noire haïtienne, je ne donne jamais à aucun individu des passe-droits, pour aller prendre la confiance avec d’autres Noir.e.s en pouvant m’utiliser.

“Just know I’m down with the niggas down for me
I got two words for you, love and loyalty”

2. Mais qui  s’occupe des enfants ? 

J’avais lu quelque part qu’en tant que femme active, si tu emploies une nounou, ça va à l’encontre du féminisme. Je ne crois pas avoir compris en quoi (ça priverait la nounou de s’occuper de ses propres enfants d’après l’explication avancée). Le saurais-tu ?

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Originally posted by caterville

Je vais supposer que l’on parle ici de prendre des nounous à temps-plein (ou presque: pas pour la crèche, ni les sorties ciné ou autres)

Il s’agit d’analyser à qui revient le travail du care, et l’égalité entre les femmes. Vu que l’on parle de nounous qui viennent faire en sorte que d’autres femmes puissent investir le marché du travail, cela pose la question de la répartitions des tâches dans le couple hétérosexuel (car si il n’y a pas de nounou, c’est souvent la femme qui ne va pas travailler), le fait qu’on ait besoin de vendre sa force de travail en plus d’utiliser celle d’autrui, et de la non prise en charge collective de la reproduction sociale : pourquoi il n’y pas plus de crèches ?

On peut aussi voir le problème sous l’articulation “race, genre et classe” : il suffit de se promener dans les parcs des grandes villes pour constater que ce sont majoritairement des femmes racisées (beaucoup de femmes noires) qui s’occupent des enfants blancs. L’image de la femme noire prenant soin des enfants des autres mais pas des siens est construite historiquement depuis l’esclavage.

On peut se aussi demander: “Qui s’occupe des enfants de ces femmes? Pourquoi dans les couples employeurs, les hommes ne s’occupent pas des enfants ou du ménage (car souvent on leur demande aussi de faire à manger et le ménage) ?”

On voit bien ici, que pour “régler” la question du travail domestique et du soin des enfants au sein du couple, on fait appel à des femmes plus précaires pour ajuster les inégalités au sein des couples qui en ont les moyens.

Ce podcast est très bien sur le sujet

3. Desperate (feminist) housewives

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Originally posted by ledanna

Je n’arrive pas à saisir comment on peut se qualifier de féministe en étant femme au foyer, donc sans revenu, et dépendant financièrement de son mari (donc de ses humeurs de son bon vouloir) En gros, peut-on être féministe et dépendre de l’homme? Le pilier du féminisme n’est-il pas l’indépendance? Je sais que c’est la liberté de choix qui en est l’essence, mais choisir d’être dépendante d’un homme, en tant que féministe, c’est pas contradictoire?

On peut poser le choix entre être dépendante d’un mari ou d’un patron, mais dans la réalité, les femmes sont souvent dépendantes des deux. Établir une contradiction entre le fait d’être femme au foyer et féministe renvoie à plusieurs choses :

– Ne pas avoir de considération pour le travail domestique et de reproduction sociale qu’effectuent les femmes au foyer. Ce travail crée de la valeur dans le cadre d’un couple et pour l’ensemble de la société.

– Considérer que le travail est une voie d’émancipation féministe. C’est une vision extrêmement libérale et bourgeoise du féminisme. Il faut rappeler que la grande majorité des personnes ne vont pas vendre leur force de travail pour le plaisir. Les femmes racisées sont surreprésentées dans les domaines du nettoyage, du soin, du textile. Je ne pense pas que le SMIC durement gagné puisse leur permettre de jouir d’une indépendance. La narrative d’épanouissement par le travail/la carrière, se pose pour les personnes dans des professions valorisées socialement, stimulantes ou qui relèvent d’une passion. De plus, les couples qui peuvent vivre avec un seul salaire sont de plus en plus rares; les femmes travaillent à l’extérieur mais continuent de faire autant de travail domestique. Les couples composés de personnes racisées sont d’autant plus co-dépendants vu que les deux membres du couple peuvent être discriminé.e.s pour accéder à l’emploi mais aussi dans le salaire.

– Le coeur de l’afroféminisme (dans sa compréhension révolutionnaire), c’est l’abolition des systèmes de racisme, de patriarcat et de capitalisme. Cela passe par l’analyse du fait que la dépendance économique des femmes dans le couple est organisée par l’Etat bourgeois patriarcal. Les femmes, notamment les femmes racisées, sont assignées aux emplois les plus précaires et sous-payés. Notons aussi que le racisme et le cissexisme font que certaines femmes sont exclues du marché de l’emploi et renvoyées de ce fait à la pauvreté ou l’économie informelle criminalisée.

– La question de dépendre d’un homme ne se poserait pas si au lieu d’organiser notre dépendance au salariat pour pouvoir vivre,  on organisait notre société autour de la solidarité et la répartition du pouvoir politique, économique et social pour notre bien être à tout.e.s. Le couple peut être un lieu de rapport de domination, loin de la version romancée par la mise en scène moderne et libérale de  l’hétérosexualité.

À titre personnel, je n’aurai aucun mal à ne pas aller travailler pour un salaire. Pour cela, il faudrait que je sois avec un homme qui ne confond pas: “payer les factures” et “m’avoir à disposition”. Le problème, réside souvent ici: dès que la personne paye les factures, elle pense pouvoir régir votre temps, vos activités, et vous demande une attitude de gratitude.  En somme, la même chose que fait un patron avec votre salaire.

podcast pour aller plus loin sur la question

4. De la sémantique

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Originally posted by ahmadkhader

Que peut-on répondre aux personnes qui disent que le terme “islamophobie” n’est pas bon, étant donné que son étymologie signifie “peur de l’islam” et qu’on a le droit d’avoir peur ?

Ne pas entrer dans ce débat. Parler d’étymologie est une diversion pour ne pas aborder la matérialité de l’islamophobie. Refuser ce débat permet d’aborder les questions essentielles : comment  se manifeste l’islamophobie ? Quels imaginaires l’islamophobie mobilise ? Comment la combattre ?

Vous pouvez aussi renvoyer au livre “Islamophobie: Comment Les Élites Françaises Fabriquent Le Problème Musulman”  d’Abdellali Hajjat & Marwan Mohammed

5. Les afrofems, toujours dans les problèmes

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Originally posted by gifs-from-the-seaside-ca

Un article montre la logique des afrofems qui ne datent quasiment que des Blancs mais reprochent aux Noirs de le faire ?

Je pense que ce qui est reproché n’est pas les dates, mais les discours sur ceux-ci. Le discours de justification de sa “préférence” pour les blanches en accusant une défaillance/ valeur moindre des femmes noires, n’est pas anodin.

Il n’y a pas un discours public répandu de femmes noires (afrofem ou pas) en couple avec des blancs qui dépensent de l’énergie à expliquer “tout est noir sauf nos mecs”.

6. Vous avez dit babfem ?

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Originally posted by anangstyblackgirl

Pourquoi parle-t-on de “white” ou “black” feminism ? Quand on prône le féminisme, quelles sont les différences?

Le blackfeminism/afroféminisme est un mouvement politique dont le principal sujet est la femme noire qui pense en particulier l’articulation des systèmes d’oppression que sont la négrophobie, le patriarcat et le capitalisme. Toutes les femmes noires féministes ne sont pas afroféministes. Et non, les blanc.he.s ou racisé.e.s non noir.e.s ne peuvent pas être afroféministes.

Le white feminism/ féminisme mainstream ou blanc est une dénomination négative pour désigner un type de féminisme ethnocentrique, libéral et impérialiste. Qui cherche à mettre les femmes blanches de classe moyenne et supérieure au même niveau que les hommes blancs de classe moyenne et supérieure tout en défendant les intérêts impérialistes des pays occidentaux. Ceci passe par des discours de féminisation du capitalisme, utilisation du féminisme à des fins impérialistes et racistes et soutien au renforcement de la police et des politiques carcérales. Le “féminisme blanc” ou dit “hégémonique” est pratiqués” majoritairement par des femmes blanches mais pas que: il y a aussi des femmes blanches qui sont dans du féminisme révolutionnaire.

7. Liberté, Égalité, Beyoncé 

Originally posted by in-solo-we-trust

On est obligé.e de vouer une admiration sans borne à Beyonce et Rihanna pour être afrofem ?

Euh, c’est quoi cette légende urbaine? Will need the receipt for that.

L’afroféminisme arrive à produire des analyses qui montrent qu’il y a un traitement misogynoiriste de ces deux artistes: Les critiques portent rarement sur leur musique mais sur le fait qu’elles soient trop dénudées, vulgaires, qu’elles n’aient pas une bonne représentation et caetera ou leur reprocher des choses qui ne sont reprochées ni aux Blanc.he.s ni aux racisé.e.s non Noir.e.s. Il y a des critiques qui existent sur ces artistes et leur statut (surtout leur place dans la bourgeoisie)  sans être basées sur la misogynoir; donc oui, la pensée critique est possible, et c’est souvent des afroféministes, blackfeminists qui produisent ces critiques.

8. Intersectionnalité, salade de fruit

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Originally posted by beycolored

Je suis très choquée par tes positions ouvertement spécistes. Il faut articuler les analyses sur la classe, la race et l’espèce pour lutter contre le système. Et je ne comprends pas cette haine que tu as envers les afrofems antispécistes

Ai-je même le temps d’avoir de la haine pour un “mouvement politique” aussi bancal ? J’ai un désaccord politique, indépassable. Je n’ai pas dit quel’antispécisme ne devrait pas exister,  j’ai dit et je maintiens qu’il n’a rien à faire dans l’intersectionnalité. Je rappelle que l’intersectionnalité est un outil d’analyse, c’est ni un mouvement, ni un club d’échecs. Cet outil pense l’articulation des systèmes d’oppression sur LES HUMAIN.E.S.

Les sujets politiques de l’intersectionnalité sont des humains, plus précisément les humain.e.s racialisé.e.s

9. Déconstruire qui, quoi, comment

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Originally posted by 1jps

Est-ce que tu sais d’où vient le terme de “déconstruction” ? Et qu’est-ce que ce terme t’évoque ?

Comme on parle de construction sociale, on parle de déconstruction pour le processus inverse. Ça n’évoque pas un truc de ouf pour moi, c’est bien de déconstruire mais tout n’est pas déconstructible. C’est aussi un processus très individuel “je suis en phase de déconstruction” super, mais après que cela soit fait, ça change quoi concrètement aux conditions matérielles d’existence des groupes opprimés ?

Donc ce n’est pas tout d’être déconstruit, il faut pouvoir affronter le monde avec une stratégie pour défaire les systèmes, et cela passe par l’organisation politique collective.

10. Men are trash, mais pourquoi elles restent ?

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Originally posted by jemeursenprepa

Tu penses quoi des femmes qui restent avec leur mecs alors qu’elles savent qu’il les trompent, et de celles qui fréquentent un mec tout en sachant qu’il a une meuf?

On doit arrêter avec cette vision romancée du couple. Le couple est un espace où des rapports de pouvoir se jouent aussi.

Déjà, il y a des situations où, techniquement, la personne ne peut pas partir, pour des raisons économiques, sociales, psychologiques etc il ne faut pas l’oublier; donc des choix sont fait en fonction des conséquences possibles. Je mets aussi dans ces cas les personnes qui souffrent de dépendances affectives, ou en couple avec des pervers, narcissiques, manipulateurs etc.

Certaines restent par intérêt stratégique bien réfléchi, ça peut être le statut social, ce que le couple représente etc. C’est un choix comme un autre. Lucide et pragmatique, on est pas obligé d’investir le couple pour l’amour, les femmes font aussi preuve d’agentivité en calculant ce qu’elles peuvent ou pas supporter.

Idéalement, l’objectif dans la vie, doit être d’être heureuse, tranquille… pas d’être amoureuse à tout prix, mais c’est plus compliqué et on est pris.e.s dans plein de contradictions. On ne peut pas faire comme si c’était facile, cool et joyeux d’être célibataire dans une société qui est obsédée par le couple et l’amour.  La pression d’être en couple repose sur les femmes, et ça influence beaucoup sur l’énergie qu’elles mettent à faire tenir le couple. Ajoutez à ça tout le fantasme autour du couple, la confiance en soi. La société aidant: Les hommes sont plus enclins à faire moins d’efforts en attendant que le couple leur apporte en terme de confort, tandis que les femmes (largement socialisées) attendent la validation d’un homme, d’être la femme de quelqu’un, et saupoudrez le tout de la dichotomie femme/pute.

Pour les femmes qui fréquentent des mecs en couple, ce n’est pas leur problème. Elles n’ont pas signé d’accord de fidélité avec des femmes qu’elles ne connaissent pas, et n’ont pas à s’occuper de la confiance/honnêteté d’un couple dont le mec se fout. Leur problème serait de croire aux mensonges du mec et mettre leurs vies en pause pour attendre quelqu’un qui a tout à gagner dans cette situation en pensant que ça pourrait déboucher sur autre chose.
Les mecs masterisent dans le mensonge et le flou concernant ce qu’ils veulent. Ils vont te sortir des “je suis perdu” “on est en train de se séparer”… alors qu’ils sont en train de faire un prêt immobilier avec leurs gos.

Avant de sauter sur les conclusions: Non, la non exclusivité/polyamour/polygamie ne sont pas les solutions miracles, ce sont juste d’autres formes de problèmes/ mises en compétition/  positions de pouvoir… surtout avec des mecs cis-hétéros !

11. Tu es plus claire que qui ?

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Originally posted by alternativeblackout

La dépigmentation, le défrisage et le port du tissage chez les noirs sont dûs à quelles raisons et disparaîtront-ils ?

Là, il y a beaucoup de choses différentes mélangées. Les gens font ce qu’ils veulent avec leurs cheveux. Il y a les raisons historiques négrophobes du lissage par défrisage, cette pratique est en très forte baisse. De plus en plus de personnes Noir.e.s optent pour des options qui n’altèrent pas chimiquement leurs textures de cheveux, comme les tissages. Les Noir.e.s ont atteint un niveau supérieur de créativité avec leurs cheveux, qu’ils poussent sur leur tête ou qu’ils soient achetés. En 2017, il est important de quitter les débats analysant le degré d’aliénation par le style capillaire, surtout dans dans une communauté où on peut avoir des front lace 26 pouces  le lundi et être en afro le samedi. Dans un monde négrophobe/coloriste, le fait d’être plus clair.e apporte des avantages en terme d’estime de soi et dans certains contextes, des positions sociales voir économiques plus intéressantes  (stratégie maritale).

Ce ne serait pas aussi répandu si il n’y avait pas des avantages. Au-delà du discours “black is beautiful”, il faut reconnaître que les NoirEs plus clair.e.s dans les pays majoritairement noirs bénéficient de privilèges qui se traduisent en positions sociales, possibilités maritales, reconnaissance etc.

En France, ça se joue beaucoup plus dans les sphères familiales et affectives,  où le colorisme est très présent depuis le jeune âge, ce qui ronge la construction de la confiance en soi.

Pour éliminer la dépigmentation, il faut éliminer les avantages que les personnes peuvent en tirer. La fin de la négrophobie et du colorisme qui en dépendent. Commençons par dénoncer dans nos familles et nos cercles d’ami.e.s les remarques, moqueries, représentations (media, films, clips…) coloristes que ce soit sur la carnation, la texture de cheveux ou sur les phénotypes (notamment le nez).

On vit dans un monde où les canons de beauté ont des conséquences sur la vie des personnes. Rien ne sert d’accabler ou de faire la leçon à celleux qui se dépigmentent la peau, surtout si vous êtes des noir.e.s clair.e.s de peau.

Bonus surprise :  Je compte lancer un mini-podcast de 10 minutes maximum, j’y répondrai  désormais à certaines questions posées sur mon CuriousChat, voir plus si affinité. Il ne me reste plus qu’à trouver un nom.